Un débat stratégique refait surface à Washington autour des importations de phosphate marocain, dans un contexte mondial marqué par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la hausse des coûts agricoles. Plusieurs sénateurs américains ont en effet décidé de remettre en question les droits de douane imposés depuis 2021 sur les engrais phosphatés en provenance du Maroc.
À l’initiative du sénateur Roger Marshall, un projet de loi intitulé « Lowering Input Costs for American Farmers Act » a été introduit au Sénat. Le texte vise à supprimer les mesures tarifaires et compensatoires appliquées aux importations marocaines. Il bénéficie du soutien de plusieurs élus issus d’États agricoles, dont Chuck Grassley, Cindy Hyde-Smith et Joni Ernst.
L’objectif affiché est clair : alléger les charges qui pèsent sur les agriculteurs américains. Selon ses promoteurs, les droits de douane sur les fertilisants ont contribué à renchérir les coûts de production, fragilisant davantage un secteur déjà confronté à l’augmentation des prix des intrants. Le phosphate, élément indispensable à la fertilité des sols, est au cœur de cette problématique.
Cette initiative législative marque également une remise en cause croissante des décisions prises en 2021. À l’époque, les États-Unis avaient instauré ces droits après une plainte déposée par The Mosaic Company, qui accusait OCP Group de bénéficier de subventions jugées déloyales.
Cependant, plusieurs organisations agricoles estiment aujourd’hui que ces mesures ont produit l’effet inverse de celui escompté. Des groupes influents comme l’American Soybean Association, la National Corn Growers Association ou encore l’American Farm Bureau Federation soutiennent désormais la levée des barrières tarifaires. Selon National Association of Wheat Growers, ces surtaxes auraient entraîné près d’un milliard de dollars de coûts supplémentaires pour les producteurs de blé.
Le timing de cette proposition n’est pas anodin. Elle intervient dans un climat international tendu, notamment au Moyen-Orient, où les perturbations logistiques alimentent les craintes sur la stabilité de l’approvisionnement mondial en fertilisants. Dans ce contexte, la diversification des sources devient un enjeu crucial pour les États-Unis.
Pour le Maroc, cette évolution pourrait renforcer sa position en tant que fournisseur clé sur le marché international. Pour OCP Group, une éventuelle suppression des droits de douane ouvrirait la voie à un retour plus compétitif sur le marché américain, considéré comme stratégique.
Au-delà d’un simple ajustement commercial, ce débat illustre un enjeu plus large : celui de la sécurité alimentaire et de la résilience des systèmes agricoles face aux chocs économiques et géopolitiques.


